Témoignages de Fernande Ferland
C’est tout naturellement que je suis devenue proche aidante. Ce qui m’apparaissaît au début comme une occasion de rendre service s’est transformé au fil des semaines en une occupation à temps plein, avec le risque d’y laisser ma peau.
Je me suis occupée de ma belle-soeur comme si c’était ma mère.Quand je suis arrivée à Saint-Anselme, jamais je n’aurais cru que le futur serait un réconfort pour moi, suite à mon travail de proche aidante.Si je vous dis ceci, c’est que j’ai beaucoup appris avec la maladie de celle-ci, à savoir, devenir une personne aidante. Au début, tout semble facile, les visites à l’hôpital, les rencontres avec les médecins, psychologues, neurologues, psycho-gériatre, travailleurs sociaux, etc. Quand le diagnostic est prononcé, on devient mandataire, et c’est là que la charge devient plus grande.
On se doit de prendre les bonnes décisions. Le centre d’accueil est le seul endroit où cette personne sera en sécurité. On se culpabilise de ne pouvoir faire plus, et on est déchiré à l’idée de devoir le faire. Je la visitais jusqu’à dix fois durant une seule journée afin de m’assurer qu’elle ne manquait de rien, qu’elle ne s’ennuyait pas, qu’elle mangeait bien, pour lui faire des massages, la faire marcher, etc. Après un certain temps, elle ne me reconnaissaît plus, mais je continuais mes visites quotidiennes, je lui magasinais toujours de beaux vêtements afin qu’elle soit toujours belle, de belles fragrances pour qu’elle sente bon, des crèmes hydratantes pour qu’elle n’aie de plaies de lit, tout en pensant que si c’était ma mère, c’était la façon dont j’aurais voulu qu’elle soit traitée.
Je me sentais souvent coupable de ne pouvoir lui donner plus, j’essayais toujours de me justifier. La culpabilité des personnes aidantes est le plus grand mal que l’on puisse se faire, même si on se donne à 100%. On ne doit pas se sentir coupable de la maladie de l’autre. Souvent, les familles qui ont une personne de leur entourage qui est atteinte ont honte... et ils ne devraient pas. Car on ne choisit pas d’être malade, et surtout de quelle façon on le sera.>
J’ai eu un conjoint formidable au travers de toute cette expérience de vie, il m’a donné tout le support dont j’avais besoin. Même s’il m’a vue souvent pleurer, j’avais une épaule sur laquelle m’appuyer pour lui dire que tout se passait bien. On avait moins de loisirs ensemble, mais par contre cette expérience m’a permis de donner un sens à ma vie. Merci à Thérèse, cette femme formidable qui m’a permis d’accomplir et de réaliser un rêve auquel je n’avais jamais pensé, fonder le “Regroupement des proches aidants de Bellechasse”, car sans elle, cet organisme ne serait pas né.
Merci aux gens soucieux d’apporter paix, joie et reconnaissance au rôle d’aidante.