Témoignages
Être proche aidante, un art de vivre
Guylaine Demers.
Je suis l’aînée d’une famille de deux enfants. J’ai vu mes parents prendre soin de leurs parents et j’ai grandi avec l’idée que je prendrais soin des miens à mon tour. À 37 ans, ma condition économique et physique m’a ramenée dans le giron familial (un petit appartement situé à même la maison de mes parents). Je croyais que cette situation serait temporaire. Cinq mois plus tard, je me sentais prête à reprendre mes projets là où je les avais laissés, mais la maladie de ma mère s’est subitement détériorée. Le 30 décembre 1997, après deux mois de soins intensifs, elle nous a quittés. Ma mère avait 64 ans. Dans cette épreuve, j’ai eu le soutien des sœurs de maman et de mes précieux amis(es). Il y a déjà 10 ans. Considérant la situation, j’ai alors décidé de rester près de mon père pendant une année pour mieux vivre notre perte et pour l’accompagner dans son quotidien. Mon deuil m’a propulsée dans un processus de transformation. Depuis, à chaque année, je reconsidère mon choix, oscillant entre ce qui relève de l’appel, de la responsabilité et de l’engagement.
L’an dernier mon père de 85 ans a appris qu’il était atteint d’un cancer. Son état nécessite maintenant plus de présence et de soins. Depuis ce diagnostic, mon frère est revenu vivre avec mon père de façon permanente. Dans l’exécution de mon rôle, j’ai le souci de maintenir l’autonomie et la dignité de mon père et cela demande une grande disponibilité.
L’action d’aider mon père devient une occasion de mieux me connaître, de me choisir et de grandir. Près de mon père j’apprends à vivre le moment présent et à être en contact avec mon être essentiel. Il m’enseigne le courage, l’amour et la liberté. À ses côtés j’apprivoise la vieillesse, la mort et la vie. En plus de l’amour, je reçois aussi de la gratitude. C’est suffisant pour avoir le goût de poursuivre.
Pour vivre mon rôle d’aidante d’une façon positive je dois veiller à ne pas perdre de vue mes besoins personnels. J’ai souvent besoin de ventiler et de me confier car mon rôle d’aidante interpelle fortement mon affectif et me confronte régulièrement à mes limites. À ce sujet, je me réfère à l’occasion à un intervenant social au C.L.S.C et, plus souvent au regroupement des proches aidants. Je développe des moyens bien à moi afin de refaire mes forces (réseau d’ami(e)s, danse contemporaine, massage, etc.) Je suis consciente de l’importance de mon rôle. Dans mon cas, c’est une expérience qui me solidifie. Dans cet acte d’amour, tout est organique et me ramène à la notion d’équilibre (entre moi, mon père, la famille et les autres réseaux). Pour moi, être proche aidante est un art de vivre…c’est un acte poétique…une relation d’amour. Être proche aidante, c’est la plus riche expérience que j’ai vécue jusqu’à maintenant. Si c’était à refaire, je referais exactement le même choix.
Le Regroupement des proches aidants est une ressource importante dans la poursuite de ce travail humain et dans la prévention de l’essoufflement. Présentement, être membre de cette ressource me dynamise et me donne l’espoir de pouvoir assumer mon rôle d’une façon satisfaisante et sûrement plus longtemps que si j’étais isolée. Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui supportent les proches aidants et travaillent à la reconnaissance de ce rôle.