À l’automne 2000, je suis déménagée dans la maison de ma mère pour prendre soin d’elle. J’ai pris cette décision après qu’elle ait reçu un diagnostic de déficit cognitif. Elle avait des problèmes de mémoire récente, ce qui entraînait une diminution de son autonomie dans plusieurs domaines de sa vie. Auparavant, je vivais en Ontario, j’avais un conjoint et je travaillais à temps partiel. J’ai choisi d’aller vivre avec ma mère, c’était ma priorité. Pour moi ce n’était pas un sacrifice, mais une décision bien réfléchie. Depuis ce temps, la situation de ma mère a évolué, ses problèmes de mémoire ont augmenté. Elle aura bientôt 94 ans.

Je sais que je suis un peu marginale. Les gens ne le croient pas quand je leur dis ce que je fais de mes journées. « Ça se peut pas que tu en fasses tant ! ». Pourtant, c’est bien vrai. J’organise ma routine à partir des besoins de ma mère, je suis son rythme. Je me lève parfois la nuit, je me réveille le matin quand elle a besoin de moi, je consacre tout mon temps à m’occuper d’elle. Oui, je suis un peu marginale, mais je ne suis pas la seule à vivre ce genre de situation. Parce que des gens comme moi, des proches aidants, il y en a de plus en plus.

Pour pouvoir durer et garder le moral, il faut que je prenne soin de moi. Alors, je prends des vacances chaque fin de semaine. Ce n’est pas égoïste de prendre soin de soi tout en prenant soin de l’autre. C’est une condition pour continuer dans le temps. Ça peut être pour un an ou pour vingt ans, on ne le sait pas. Mais il faut que je prenne soin de moi d’abord. Il faut le faire. Il faut demander l’aide de ses proches dans la famille. Moi, j’ai l’aide de mes trois frères et de mes sept sœurs et de leurs familles. Et si on n’a pas cette aide, il y a d’autres ressources, comme le Regroupement des proches aidants de Bellechasse. J’espère que cet organisme va continuer d’être là pour nous, car le besoin est tellement fort.

On n’en est pas toujours conscients et on peut s’en aller vers une grosse dépression sans s’en rendre compte parce qu’on est trop dedans. On s’épuise, pas nécessairement physiquement, mais moralement. Le plus difficile, c’est de prendre soin d’un proche avec beaucoup de dignité. C’est pourquoi il faut vraiment être à l’écoute de soi. Alors on peut se ressourcer, se recentrer et on le ressent en dedans de soi. Moi, je dors à poings fermés un soir par semaine. Ça me permet de voir ça positivement. Ma vie de proche aidante, c’est comme un travail cinq jours par semaine. Je sais que la fin de semaine, quelqu’un d’autre va prendre ma place.

En fin de compte, c’est une grande expérience pour moi d’être proche aidante. Au début, quand je suis allée vivre avec ma mère, elle m’a demandé pourquoi j’avais choisi d’être là avec elle. J’ai répondu : « Maman, je retourne à l’école. Tu sais que j’ai toujours aimé aller à l’école. Alors je viens rester avec toi pour apprendre à vieillir.»

Apprendre à vieillir, apprendre à vivre, c’est le trésor qui se cache dans mon expérience.

Apprendre à prendre soin de moi tout en prenant soin de l’autre, c’est un autre trésor que j’ai découvert dans mon expérience. Je serais heureuse de partager avec vous si vous en ressentez le besoin. Je vous laisse mon numéro de téléphone : 883-3215.

Simone C.,