Mon père est décédé à l’âge de 87 ans dans la même maison qui l’a vu naître. Depuis quelques années, il souffrait d’un mélanome à la muqueuse qui est devenue un cancer généralisé. Il a subi deux interventions chirurgicales dans l’espoir de vaincre le mal. Croyant aux lois de la nature et désirant conserver une certaine qualité de vie il a refusé les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie. En avril, il a dû subir une ablation de la vésicule biliaire. Ce qui l’a bien affaibli. Le 23 juin, malgré son état, il tenait à tondre son gazon. Péniblement, mon frère et moi l’avons aidé à enfourcher son tracteur. C’est alors qu’il réalisa que la fin approchait. Pour la première fois, j’ai senti l’inquiétude et l’impuissance de mon père. Papa ne voulait pas aller à l’hôpital. Ce sont ses sœurs qui l’ont convaincu de recevoir de l’aide. J’avais exprimé à mon père que je ne me sentais pas capable de l’accompagner à la maison et que je souhaitais vivre ces moments dans un milieu qui me permettrait d’être uniquement centrée sur notre relation. Mon frère voyait cela autrement. Enfin, papa nous a laissés prendre la décision. Lorsqu’il n’a plus été capable de marcher, nous sommes descendus à l’hôpital en ambulance. Après examen et pronostic de soins palliatifs en main, nous sommes revenus à la maison. Courageusement, il a franchi sur les fesses chaque marche qui l’amenait chez lui.

Une infirmière, un ergothérapeute et un médecin ont fait l’accompagnement à domicile, mais c’était l’été, les effectifs étaient réduits. Lorsqu’on m’a appris que les visites seraient interrompues pour une semaine, j’ai éclaté en sanglots. En après-midi, on nous appelait pour offrir le maximum de services. Un dimanche, mon frère et moi étions en panique parce que papa éprouvait beaucoup de difficulté respiratoire. Lorsque nous avons demandé de l’aide, personne ne pouvait venir à domicile. Après plusieurs tentatives, mon frère leur a dit qu’il interpellerait les médias. Une infirmière est venue tout de suite.

Au cours de la sixième semaine, l’infirmière a eu l’autorisation de donner une première injection de morphine. Elle nous a regardés, puis demandés si un de nous voulait le faire. J’ai été étonnée de cette demande. Mon frère a fait l’injection et papa est décédé deux heures plus tard. Aujourd’hui, je me demande encore si ce geste peut faire naître un sentiment de culpabilité pouvant s’ajouter aux difficultés de faire un deuil. On en demande beaucoup aux proches.

Évidemment, chaque situation est unique. Cependant, lorsqu’il est question de mourir à domicile dans le contexte budgétaire actuel, je crois qu’il est nécessaire en tant que proche de réclamer tout le soutien nécessaire pour vivre cette précieuse expérience le plus sereinement possible. L’accompagnement exige beaucoup sur le plan physique et affectif. De plus, il faut bien connaître la culture des soins en fin de vie et les aspects légaux, le Regroupement des proches aidants de Bellechasse peut vous aider en ce sens. Somme toute, je peux dire « mission accomplie » et sans hésitation que j’ai aimé mon père et que j’ai été aimée de lui.

Guylaine,